Diocèse de Luçon

TROIS Questions

Le père Henri Planchat

Le Père Henri Planchat

Le Père Mac Auliffe, Oblat de Saint Vincent de Paul

Un prêtre vendéen bientôt béatifié ! Le Père Henri Planchat, né à la Roche sur Yon en 1823, mort en martyr pendant la Commune de Paris, sera prochainement proclamé bienheureux, avec quatre autres prêtres. L’annonce a été faite le 25 novembre 2021 par le Pape François. Ce prêtre dévoué aux pauvres, membre de la congrégation des Frères de Saint Vincent de Paul, était appelé « l’apôtre des faubourgs  ». Pour découvrir cette figure historique assez méconnue, le Père Victor Mac Auliffe, oblat de Saint Vincent de Paul, présente les grandes étapes de sa vie, jusqu’à sa mort à Paris, en mai 1871.

1- Comment est née et a grandi la vocation d’Henri Planchat ?

Henri-Marie-Mathieu Planchat voit le jour le 8 novembre 1823 à Bourbon-Vendée, ancien nom de la Roche sur Yon. Aîné d’une famille de quatre enfants, il compte un frère et deux sœurs, dont l’une deviendra religieuse. Sa famille est très croyante et pratiquante. Il est baptisé à l’église Saint Louis le 3 janvier 1824. Son père, magistrat, est envoyé ensuite à Chartres, à Paris, puis à Oran. Le jeune Henri étudie à la maison. Il reçoit de son père l’amour de l’étude et de sa mère une foi profonde. Ses parents l’éduquent pour qu’il soit charitable. Ainsi, alors qu’il n’est encore qu’un enfant, il met ses goûters de côté pour les donner aux pauvres et sa mère le surnomme affectueusement son « petit Vincent de Paul » ! C’est un garçon intelligent, avec un cœur en or, mais qui est aussi très entêté. Très jeune, il est attiré par l’eucharistie et communie pour la première fois à l’âge de 12 ans. Il commence ses études à Paris au collège Stanislas en 1837 et est l’un des premiers de sa classe. Son directeur spirituel lui apprend à développer sa vie intérieure et lui donne aussi des pistes pour devenir moins irascible. Il obtient le baccalauréat en 1842 et, son père voulant qu’il suive ses traces, commence des études de droit à Paris.

Logo de la Société Saint Vincent de Paul

Une première date est importante : c’est en 1843 qu’il fait la connaissance de la Société Saint Vincent de Paul, fondée par Frédéric Ozanam en 1833. C’est un choc pour lui ! Henri découvre la misère au cœur de Paris. Beaucoup de gens sont venus dans la capitale pour trouver du travail, et s’entassent dans des bidonvilles, dans le quartier de Jussieu.

 

Les enfants ne vont pas à l’école et sont livrés à eux-mêmes. C’est à ce moment-là qu’il lit la vie de Saint Vincent de Paul. Celui-ci devient son modèle et Henri Planchat formule le désir de suivre son exemple et de devenir prêtre. Mais il doit faire face au refus de son père, qui veut qu’il termine ses études de droit. En 1845, il rencontre Mr Le Prévost, qui a fondé, avec deux autres hommes, la Congrégation des Frères de Saint Vincent de Paul, l’évêque d’Angers les bénissant tous les trois le 3 mars, dans la chapelle de la rue de Sèvres à Paris, là où se trouve la châsse de Saint Vincent de Paul. Ils prennent en charge un patronage et Henri Planchat, qui leur propose alors ses services, se dévoue auprès de ces familles très misérables, de ces apprentis, qui sont sans foi ni loi. Deux ans plus tard, après avoir obtenu sa licence en droit et l’accord de son père, il entre au séminaire Saint Sulpice en octobre 1847. Il profite alors de cette formation doctrinale et pastorale et est capable de lire les textes de l’Ecriture en hébreu et en grec. Il est ordonné prêtre le 21 décembre 1850, à l’âge de 27 ans. Trois jours plus tard, le 24 décembre, il se rend en fiacre dans le quartier de Grenelle, à la maison des Frères de Saint Vincent de Paul. Il prend alors une décision audacieuse et devient lui aussi Frère de Saint Vincent de Paul.

2 Comment vit-il son apostolat, une fois devenu prêtre ?

Le Père Planchat devient aumônier d’un patronage, fondé par les Frères. Nous sommes après la révolution de 1848, et il y a de plus en plus de pauvres. Il visite les gens du quartier et fait de l’apostolat à domicile. Il se démène sans compter. Il est très sensible aux conditions de vie si difficiles de ces apprentis. Son but est alors de les ramener à Dieu, de les éduquer à la foi. Mais son surmenage a raison de sa santé, et en août 1851, il doit s’arrêter, épuisé et à bout de forces. . Il doit se refaire une santé  : c’est véritablement un temps d’épreuve pour lui, accentué par le scrupule.

Le Père Henri Planchat

Le Père Planchat entame alors un grand voyage à pied jusqu’en Italie, aller-retour et au jour de la Saint Vincent de Paul, le 27 septembre 1852, il est guéri  et peut reprendre son apostolat à Grenelle. Après quelques années à Arras, il revient à Paris et est nommé en 1863 dans l’actuel XXe arrondissement, dans le quartier très populaire de Charonne. Il se dévoue une nouvelle fois auprès de la population ouvrière. Il distribue des colis alimentaires aux familles, prêche auprès d’une colonie d’ouvriers italiens et crée «  L’œuvre de la première communion des retardataires », que l’on peut comparer au catéchuménat aujourd’hui, pour que ces gens reçoivent les sacrements de l’initiation chrétienne. Mgr D’Hulst, vicaire général, l’appelle ainsi «  le chasseur d’âmes  ». Ces populations sont souvent très hostiles au clergé, mais le Père Planchat se fait accueillir en leur sein. Il visite les gens à l’hôpital, confesse, et mène une grande œuvre d’apostolat et de conversion auprès de ces familles ouvrières. Quand la guerre éclate en 1870, l’armée prussienne arrive à Paris. Le Père Planchat mendie auprès des familles plus aisées pour aider les soldats français et établit un centre de soins au patronage Sainte Anne. Il dort très peu, seulement 4 heures par nuit, et se nourrit d’une vie de prière, grâce à l’oraison, l’eucharistie et le chapelet. Son action apostolique est féconde car il témoigne d’une grande union à Dieu dans la prière. Il disait  : «  Point de charité du prochain sans esprit d’oraison, comme il n’est pas de volcan sans feu intérieur. Or, point d’esprit d’oraison sans exercice sérieux de la méditation ».

3 Comment le Père Planchat est mort et que nous enseigne son martyr ?

Nous sommes à l’époque de la Commune de Paris en mars 1871. Ce mouvement révolutionnaire comporte différents groupes, profondément athées, anticléricaux, qui veulent mettre en place une nouvelle société. Leur leitmotiv : « Il faut mettre Dieu dehors ! ». Ce climat anticlérical très fort entraîne ainsi l’arrestation du Père Planchat, à qui l’on reproche sa trop grande influence sur la population de Charonne.

Le Père Henri Planchat

Le 6 avril 1871, jour du Jeudi Saint, le patronage est cerné et le Père Planchat emmené dans une prison froide et humide. Il n’a que son bréviaire et passe la nuit du Jeudi au Vendredi Saint dans cet endroit sinistre, avant d’être conduit dans une cellule de la préfecture de Paris. Il y demeure seul jusqu’au jeudi de Pâques. Ce 13 avril, les prêtres emprisonnés avec lui sont transférés à la prison Mazas et enfermés un par un dans une cellule, avec interdiction de célébrer la messe. Le Père Planchat se lève à 4 heures du matin, récite ses prières et écrit notamment une lettre à ses futurs communiants. Une pétition est faite pour demander sa libération, mais celle-ci est rejetée. Le 21 mai 1871, c’est le début de la semaine sanglante. L’armée versaillaise entre dans Paris, veut mettre fin au règne des communards, la capitale est à feu et à sang. Le Père Planchat et une cinquantaine d’autres prisonniers sont alors transférés à la prison de la Roquette le 22 mai.

Pendant le trajet en voiture, le Père Planchat se confesse à un autre prêtre, le Père Olivaint, prisonnier comme lui. Le 23 au matin, les prisonniers peuvent se voir, ils se partagent les hosties consacrées. Ils sont déjà prêts à se sacrifier. Le 24 mai, l’armée versaillaise prend en étau les communards, et la foule excitée devient féroce et demande la mise à mort des otages. Six d’entre eux sont désignés, dont l’archevêque de Paris, Mgr D’Arbois, et fusillés le soir même. Le Père Planchat, fidèle à être « un chasseur d’âmes », confesse les laïcs emprisonnés avec lui. Le 26 mai, une dizaine d’ecclésiastiques, une trentaine de gendarmes et des civils sont ensuite désignés pour être tués et sont conduits alors vers la rue Haxo. Sur le parcours, long de 3 kilomètres, la foule est déchaînée.

Le Père Planchat, recueilli, la tête baissée, ne pense qu’à offrir le sacrifice de sa vie. Il ne voit même pas un petit garçon qu’il connaît, venu lui dire adieu. Les prisonniers sont poussés dans la cour d’un bâtiment de la rue Haxo. C’est une cantinière de 19 ans, le capitaine Pigerre, de son nom Louise-Félicie Gimet, qui a tiré le premier coup de révolver. S’ensuit une fusillade désordonnée pendant une demi-heure.

Le Père Planchat reçoit plusieurs balles, et à genoux, dans la prière, s’affaisse peu à peu avant de rendre l’âme. Il est mort, comme le Bon Pasteur, en donnant sa vie, à 48 ans, en « mêlant son sang à celui de son Divin Maître pour le salut des âmes et spécialement pour la rédemption du monde ouvrier », dit-on de lui.

Son corps, qui est intact encore aujourd’hui, est inhumé à la chapelle Notre Dame de la Salette. Deux choses sont enfin à souligner  : lors de la semaine sanglante, 3 frères de Saint Vincent de Paul se sont dévoués auprès des communards mourants, pour les réconcilier avec Dieu et leur donner le sacrement du pardon.

Et puis, la cantinière, cette jeune femme soldat, qui a donné le signal de la fusillade qui a coûté la vie au Père Planchat, s’est convertie quelques années plus tard, elle est devenue religieuse en prenant le nom de Sœur Marie-Eléonore. Elle est morte en disant ces mots : « J’ai confiance en la grâce de Dieu ». Comme le disait Tertullien, « le sang des martyrs est semence de chrétiens ». Dieu est tout puissant pour susciter le Bien au cœur du mal.

Quel beau témoignage que cette vie donnée au Christ !

Propos recueillis par Anne Detter-Leveugle